Qu'est-ce qu'un docteur junior ?
Un docteur junior est un médecin généraliste en dernière année de formation. Il a déjà soutenu sa thèse. La réforme de 2022 allonge l'internat de médecine générale de trois à quatre ans, comme pour les autres spécialités.
Il assure consultations, soins et suivi des maladies chroniques en autonomie supervisée, sous la responsabilité d'un maître de stage universitaire. La grande majorité travaille quatre jours par semaine en cabinet, maison de santé pluriprofessionnelle ou centre de santé
Sa dernière année se découpe en deux stages de six mois. C'est une fenêtre courte pour séduire un territoire. Et c'est exactement là que le logement joue.
Combien de docteurs juniors par région ?
Voici les effectifs annoncés par les ARS et la presse régionale à ce jour pour la rentrée du 2 novembre 2026 :
Île-de-France : environ 400 (plus de 400 selon l'ARS)
Grand Est : 251
Nouvelle-Aquitaine : 243
Occitanie : 241
Hauts-de-France : 214
Pays de la Loire : 186
Normandie : 168
Bretagne : 137
Bourgogne-Franche-Comté : 111
Centre-Val de Loire : 102
Malheureusement pour l'Auvergne-Rhône-Alpes, la Provence-Alpes-Côte d'Azur, la Corse et les outre-mer , nous n'avons pas trouvé de chiffres non confirmés à ce jour auprès des ARS ou de la presse.
Quelques repères départementaux :
Pays de la Loire : Vendée 44, Loire-Atlantique 41, Sarthe 39, Maine-et-Loire 33, Mayenne 29.
Île-de-France : Seine-Saint-Denis 74, Essonne 64, Paris 58.
Centre-Val de Loire : Loir-et-Cher et Loiret 21 chacun, Eure-et-Loir 18, Indre 16.
Bourgogne-Franche-Comté : Saône-et-Loire 26, Haute-Saône 18, Jura 17.
Deux-Sèvres : 19 docteurs juniors répartis dans 15 communes
La Nouvelle-Aquitaine, de son côté, a mobilisé 508 maîtres de stage volontaires pour les accueillir.
Les premières projections nationales tablaient sur 3 700 docteurs juniors La première promotion est donc plus modeste que prévu.
Pourquoi le logement décide de tout
Un docteur junior gagne un peu plus de 2 700 € par mois. S'y ajoutent 400 € de prime d'autonomie supervisée, jusqu'à 1 000 € de prime selon la zone et l'indemnisation des gardes, selon le ministère.
Sur le papier, c'est correct. Dans la réalité, beaucoup de ces jeunes médecins gardent un logement près de leur faculté. Ils paient un second loyer et font des heures de route. Un stage de six mois à cent kilomètres de chez soi, ça coûte cher et ça use.
Les élus l'ont compris. Le maire d'Ancenis-Saint-Géréon (Loire-Atlantique) le dit sans détour : le logement est « souvent le nerf de la guerre » Perdre un médecin faute d'un toit, c'est un échec évitable.
Aides, subventions, logements : ce que font les collectivités
Ancenis-Saint-Géréon (Loire-Atlantique) : la ville met à disposition des logements à loyer modéré pour les soignants, en partenariat avec la CPTS. Une colocation a été attribuée à cinq jeunes médecins qui rejoignent le dispositif docteur junior pour 6 mois à 1 an. Une gynécologue et sa famille ont aussi été logées le temps de trouver leur propre habitation : elle exerce au centre hospitalier depuis deux ans.
Essonne : l'Union des maires annonce des logements municipaux gratuits ou à loyer très modéré, avec réhabilitation sur mesure.
Le Fenouiller (Vendée) : la commune envisagerait jusqu'à 80 000 € de travaux pour transformer un bâtiment communal en logement pour un docteur junior et sa famille (20 Minutes, d'après Actu).
Communauté d'agglomération de l'Étampois Sud Essonne : bourse d'hébergement de 250 € et prime de mobilité de 150 € par mois, cumulables.
Les départements : aides mensuelles au logement et à la mobilité
Eure : 400 € par mois pour les docteurs juniors en stage dans le département, dans la limite de 20 bénéficiaires. Si le Département ou une collectivité propose un hébergement, il remplace l'aide, sauf loyer supérieur à 400 €.
Alpes-Maritimes, Alpes-de-Haute-Provence : aides au logement et à la mobilité, et guide des aides pour les internes et docteurs juniors .
Attention : toutes les aides ne couvrent pas la 4e année. Le Loir-et-Cher exclut par exemple les années de docteur junior de sa bourse départementale .
Les régions : soutenir les logements proposés par les collectivités
Île-de-France : dans son plan 2026 contre les déserts médicaux, la Région crée une aide aux collectivités qui proposent un logement à loyer modéré aux docteurs juniors. Dès janvier 2026, 100 000 € sont mobilisés pour les logements proposés à titre gracieux ou à faible coût, notamment en zone rurale.
Les ARS : coordonner l'accueil et le cadre de vie
ARS Nouvelle-Aquitaine : accompagnement personnalisé des docteurs juniors (logement, garde d'enfants, emploi du conjoint) intégré aux contrats locaux de santé, et appui aux territoires fragiles sans médecin volontaire
Du stage à l'installation : deux temps, deux logements
Pour espérer une installation de long terme, il faut prévoir un logement pendant le stage, puis une aide au logement à l'installation, sur une période plus longue.
Le stage dure six mois à un an. La décision de s'installer vient après, quand le jeune médecin cherche un toit durable pour lui et sa famille dans un territoire où l'offre est tendue. Le maire d'Ancenis-Saint-Géréon le résume : ce serait dommage de manquer l'installation d'un médecin à cause de la pénurie de logement.
Or les dispositifs que nous avons recensés visent la période de stage. L'aide de l'Eure est réservée aux internes de 4e année. Le Loir-et-Cher exclut les années de docteur junior de sa bourse départementale . Le soutien s'arrête souvent là où la décision se prend.
Notre lecture, avec des durées indicatives à adapter à chaque territoire :
Pendant le stage (6 à 12 mois) : logement meublé, colocation, loyer modéré ou gratuit, aide à la mobilité, solutions pour la famille (garde d'enfants, emploi du conjoint).
À l'installation (12 à 24 mois) : un relais logement pour laisser le temps de trouver un bien, avec un loyer modéré, éventuellement dégressif. C'est la logique d'Ancenis-Saint-Géréon, où une gynécologue a été logée avec sa famille le temps de trouver son propre logement.
Ensuite : bascule vers un logement pérenne, en location longue ou en accession.
Côté règles, les collectivités peuvent attribuer des aides à l'installation ou au maintien de professionnels de santé en zone sous-dense, sur le fondement de l'article L. 1511-8 du code général des collectivités territoriales. Depuis le décret du 12 mars 2025, un professionnel ne peut en bénéficier de nouveau qu'après dix ans. Mieux vaut donc bien calibrer l'aide dès la première installation.
Fiscalité et cotisations : comment sont traitées ces aides ?
En l'absence de doctrine publique spécifique aux aides locales versées aux docteurs juniors, leur traitement fiscal et social varie considérablement selon la nature du dispositif et l'entité versante. Il convient donc de sécuriser le cadre juridique et fiscal avant tout premier versement.
Si le Contrat Local de Santé (CLS) sert de cadre de coordination entre les ARS et les collectivités pour l'accueil des docteurs juniors, il ne définit pas en soi de régime fiscal ou social particulier. Plusieurs situations types se présentent ainsi sur le terrain :
Indemnité forfaitaire d'hébergement : Versée par le CHU de rattachement pour les stages en zone sous-dense (environ 300 € bruts par mois), elle n'est pas attribuée si l'interne bénéficie déjà d'un hébergement ou d'une aide d'une collectivité. Son applicabilité exacte aux docteurs juniors et le cumul potentiel avec une aide locale restent à confirmer au cas par cas avec l'établissement hospitalier.
Logement fourni par l'établissement employeur : Lorsque l’établissement de santé met directement à disposition un logement, celui-ci constitue un avantage en nature réintégré sur la fiche de paie, soumis à cotisations et imposable. Ce régime ne s'applique toutefois pas directement lorsqu'une collectivité tierce intervient.
Aides directes des collectivités (pendant le stage ou à l'installation) : Qu'il s'agisse d'un logement à loyer minoré, d'une mise à disposition ou d'une subvention financière (dans le cadre de l'article L. 1511-8 du CGCT), la nature de l'aide doit être fixée par convention. À l'image des aides à l'installation de l'Assurance maladie (CPAM) qui sont soumises à l'impôt sur le revenu ainsi qu'aux cotisations CARMF et URSSAF, il convient d'anticiper le traitement fiscal et social pour le médecin bénéficiaire et d'inclure le respect du délai de dix ans entre deux aides locales.
Nos recommandations :
Formaliser l'aide dans une convention écrite : nature (aide financière, mise à disposition ou loyer minoré), durée, montant, conditions.
Vérifier avec le CHU de rattachement le sort de l'indemnité d'hébergement de 300 €.
Pour des montants significatifs, demander une position opposable à l'administration fiscale et à l'Urssaf (rescrit).
Prévoir dès le départ qui déclare quoi : collectivité, CHU, médecin.
Et les employeurs de santé ?
Cliniques, EHPAD, centres de santé, groupes médico-sociaux : tous font face à la même pénurie de logements dans les zones tendues. Ce que les collectivités font pour les docteurs juniors, un employeur peut le structurer pour ses salariés.
C'est le principe de l'avantage logement : une aide au logement intégrée à la rémunération, simple pour l'employeur, lisible pour le salarié. Un peu comme le ticket restaurant, version logement.
Vous recrutez dans un territoire où se loger est le vrai blocage ? Parlons-en avec Toppla.!
Sources
Communiqués des ARS Île-de-France, Nouvelle-Aquitaine, Normandie, Bretagne, Hauts-de-France, Pays de la Loire, Grand Est ; France 3 Occitanie et Bourgogne-Franche-Comté
Landot Avocats, 14 mars 2025 ; SAIA ; URPS Île-de-France ; MACSF



